Guide · Activation

Le co courtage et le partage de commission entre courtiers

Ce que dit le droit en l’absence de convention, ce que la convention doit prévoir, qui porte le devoir de conseil, et pourquoi la durée du partage compte plus que son taux.

Par La rédaction Lynkflow·Mis à jour le 02 août 2026·11 min de lecture

Ce qu’est le co courtage, et pourquoi ce n’est pas une nouveauté

Le co courtage désigne la situation dans laquelle deux courtiers concourent à la conclusion d’un même contrat d’assurance et se partagent la commission qui en résulte. C’est un mécanisme ancien, banal, et déjà pratiqué quotidiennement dans les cabinets français.

Cette banalité mérite d’être soulignée, parce qu’elle change la façon dont la proposition doit être reçue. Beaucoup de cabinets de proximité sont en réalité des regroupements de plusieurs immatriculations ORIAS distinctes qui partagent des locaux, une enseigne et parfois des affaires. Un courtier qui accepte un partenaire apportant de la production n’adopte pas un concept nouveau : il fait ce qu’il fait déjà avec la personne du bureau voisin.

Ce qui change avec un partenaire extérieur n’est donc pas la nature de l’opération, c’est l’absence d’interconnaissance. Et c’est exactement ce que la convention sert à compenser.

Un courtier qui accepte un partenaire apportant de la production ne fait pas quelque chose de nouveau : il fait ce qu’il fait déjà avec le bureau voisin.

La règle par défaut : le partage par moitié

En l’absence de convention signée entre eux, la jurisprudence civile française partage la commission par moitié entre les co courtiers identifiés sur le dossier. Ce point est plus important qu’il n’y paraît dans une négociation.

Il signifie qu’un partage à parts égales n’est pas une prétention qu’il faut défendre, c’est le régime de droit commun. Celui qui propose autre chose, dans un sens ou dans l’autre, est celui qui doit justifier l’écart. Cette inversion de la charge de l’argument désamorce une grande partie des discussions sur le taux.

Cela ne dispense évidemment pas d’écrire. Un partage par défaut règle la question du taux et laisse entières toutes les autres : la propriété de la clientèle, la durée du partage, le porteur du devoir de conseil, la gestion des avenants et des sinistres, le sort des contrats en cas de rupture. Ce sont précisément ces points qui produisent les litiges.

Ce que la convention doit prévoir, dans l’ordre d’importance

Une convention de co courtage utile tient en quelques pages, à condition qu’elles traitent les bons sujets. Voici les clauses dont l’absence coûte cher, classées par ordre de conséquence.

  1. La propriété de la clientèle. Elle doit figurer au premier paragraphe et en français clair : le client reste celui du courtier qui l’a apporté, le partenaire est co courtier sur le contrat nouveau et jamais titulaire de la relation.
  2. La non sollicitation, pour la durée de la convention et une période au delà, avec une définition précise de ce qui constitue une sollicitation.
  3. La durée du partage et ce qui se passe à son terme. Un partage perpétuel et un partage borné n’ont pas les mêmes conséquences économiques, voir plus bas.
  4. Le porteur du devoir de conseil. Celui qui conseille signe le rapport de conseil et engage sa responsabilité, ce qui doit être aligné avec la couverture de responsabilité civile professionnelle de chacun.
  5. Qui gère le contrat après la souscription : avenants, sinistres, résiliations. Une répartition floue transforme un accord rentable en source de frictions permanentes.
  6. Les modalités de reversement : sur quel bordereau, à quelle échéance, avec quel justificatif, et le traitement des reprises de commission.
  7. Le sort des contrats en cas de rupture, écrit avant la première signature parce que personne ne l’écrira sereinement au moment de la rupture.
  8. La protection des données : finalité, durée de conservation, interdiction de tout autre usage, effacement certifié en fin de relation.

La durée compte plus que le taux

C’est le point que les discussions manquent presque toujours, parce que l’attention se concentre sur le pourcentage. Un partage à parts égales borné à vingt quatre mois et un partage à parts égales perpétuel sont deux accords économiquement très différents.

Trois raisons plaident pour borner la durée, et la deuxième est celle qui devrait décider un courtier propriétaire de son cabinet.

D’abord, c’est le courtier apporteur qui sert le renouvellement une fois le contrat en place. Une part perpétuelle le fait travailler à moitié prix sur une prestation qu’il assure seul, et cette situation finit toujours par se dégrader.

Ensuite, et c’est le point décisif : une part perpétuelle divise par deux la commission récurrente attachée à ces contrats. Or la valorisation d’un cabinet se calcule sur ses commissions récurrentes. Un partage perpétuel ampute donc directement le prix de vente du portefeuille, ce qui est un prix caché considérable pour un dirigeant à quelques années de la retraite.

Enfin, une part perpétuelle donne à l’apporteur une incitation permanente à replacer le contrat ailleurs pour se libérer du partage. Autant supprimer l’incitation dès le départ.

Une part perpétuelle divise par deux la commission récurrente de ces contrats, donc ampute le prix de vente du cabinet. C’est le coût caché que personne ne calcule.

La question des codes : sur quel code passe l’affaire

Un contrat se place auprès d’une compagnie ou d’un grossiste sous un code courtier. Savoir lequel des deux co courtiers porte le code change la mécanique du reversement, et il faut le régler produit par produit.

Premier cas, le plus fréquent : le courtier apporteur détient déjà le code. L’affaire passe sur son code, le partenaire est déclaré comme co courtier auprès du grossiste, et le partage se fait à la source, sur le bordereau. C’est la configuration la plus simple et la plus vérifiable.

Deuxième cas : le code n’existe pas mais peut être ouvert. L’ouverture d’un code courtier est un référencement contractuel, pas un agrément. C’est gratuit, cela prend de quelques jours à quelques semaines, et les grossistes recrutent activement plutôt qu’ils ne filtrent. Faire ouvrir un code au courtier apporteur transforme alors une objection en service rendu : il peut désormais distribuer un produit qu’il n’avait pas.

Troisième cas : le code ne peut pas être ouvert, parce que le produit suppose un volume minimum ou parce que la compagnie ne référence pas les très petites structures. L’affaire passe alors nécessairement ailleurs, et c’est là que la transparence doit être organisée par la structure plutôt que promise : liste de clients approuvée avant les appels, journal des appels, compte rendu adressé au client, droit d’audit sur la production déclarée.

Qui porte le devoir de conseil, et pourquoi cela ne se partage pas

La responsabilité du conseil suit celui qui conseille. Si le partenaire recueille les exigences et besoins, formule la recommandation et fait souscrire, c’est lui qui doit produire et signer la fiche d’information et de conseil, et c’est sa responsabilité civile professionnelle qui répond en cas de contestation.

Cette répartition doit être écrite, parce qu’un flou sur ce point se retourne contre les deux parties. Le client, lui, ne fait pas la distinction : il se retournera contre le cabinet dont il connaît le nom, c’est à dire contre le courtier apporteur. Une clause claire, doublée d’une attestation de responsabilité civile professionnelle du partenaire couvrant explicitement le conseil donné pour le compte d’un tiers, est la seule protection réelle.

La documentation du conseil devient dans ce contexte plus qu’une obligation réglementaire : c’est la pièce qui établit qui a dit quoi. Un compte rendu d’entretien systématique, adressé au client sous l’en tête du cabinet apporteur, remplit à la fois l’obligation, la traçabilité et le contrôle.

L’alternative au pourcentage : le forfait par contrat

Certains courtiers refusent tout partage en pourcentage, et la raison est rarement le montant. Elle est qu’un partage en pourcentage suppose de montrer ses taux de commission, ce que beaucoup de cabinets ne souhaitent faire à aucun tiers.

Le forfait par contrat signé résout cette objection. Il se calibre pour représenter approximativement la valeur du partage sur sa durée, il est plus simple à auditer, et il borne l’exposition des deux côtés. Il a en revanche un inconvénient réel : il déconnecte la rémunération du partenaire de la qualité de ce qui est vendu, ce qu’il faut compenser par une clause de reprise en cas de résiliation précoce.

Proposer les deux formules et laisser le choix est la bonne pratique. Le forfait sera choisi par les cabinets les plus méfiants, qui sont aussi souvent ceux qu’il est le plus utile de convaincre.

Les litiges les plus fréquents, et comment ils naissent

Les conflits entre co courtiers ne portent presque jamais sur le taux de partage. Ils portent sur des points que la convention avait laissés dans l’ombre, et ils suivent quelques scénarios très reconnaissables.

  • Le client rappelle directement le partenaire un an plus tard pour un autre besoin. Sans clause précise, chacun estime de bonne foi que ce nouveau contrat lui revient. La convention doit dire ce qui se passe pour les affaires nouvelles hors périmètre initial.
  • Le contrat est remplacé par un autre chez la même compagnie. S’agit il d’un contrat nouveau, donc hors partage, ou de la continuation du précédent ? Sans définition écrite du remplacement, la question n’a pas de réponse.
  • Le courtier apporteur vend son cabinet. L’acquéreur découvre une convention de co courtage qu’il n’a pas signée et dont il ne veut pas. Le sort de la convention en cas de cession doit être prévu, sous peine de bloquer une vente.
  • La compagnie révise ses taux de commission à la baisse. Le partage porte t il sur le taux d’origine ou sur le taux en vigueur ? La réponse évidente est le taux en vigueur, mais elle doit être écrite.
  • Le client résilie au bout de huit mois et la compagnie reprend la commission. Si la convention n’organise pas le partage des reprises, celui qui a encaissé refuse de rendre et le litige est ouvert pour un montant trop faible pour être plaidé.

Le co courtage vu de la compagnie

Le partage entre deux courtiers ne concerne pas seulement les deux courtiers. La compagnie ou le grossiste chez qui l’affaire est placée doit savoir à qui elle verse, et selon quelle répartition.

Deux configurations existent en pratique. Dans la première, le co courtier est déclaré à la compagnie, qui établit un bordereau reflétant le partage et verse directement à chacun. C’est la configuration la plus sûre pour les deux parties, parce que ni l’un ni l’autre ne dépend de la bonne volonté de l’autre pour être payé, et parce que le bordereau constitue une preuve émise par un tiers.

Dans la seconde, l’affaire est placée sur le code d’un seul courtier, qui reverse ensuite la part convenue. Cette configuration est plus simple à mettre en place et nettement plus fragile : celui qui ne détient pas le code dépend entièrement du reversement, et les montants en jeu sur un contrat isolé sont souvent trop faibles pour justifier une action en justice. Privilégiez systématiquement la déclaration à la source lorsqu’elle est possible.

Une précision qui a des conséquences pratiques : le versement d’une commission par une entreprise d’assurance agréée suppose que l’intermédiaire soit régulièrement immatriculé. Vérifier l’immatriculation de son co courtier sur le registre public n’est donc pas une formalité de méfiance, c’est une condition du bon déroulement du paiement.

La déclaration à la source protège les deux parties : chacun est payé par la compagnie, et le bordereau fait preuve.

À quoi ressemble une convention utilisable

Une convention de co courtage efficace tient en quelques pages et se lit en dix minutes. Sa qualité ne se mesure pas à sa longueur mais à sa capacité à répondre sans ambiguïté aux questions posées plus haut.

La structure qui fonctionne commence par la propriété de la clientèle, en une phrase et en français courant, avant toute autre stipulation. Elle définit ensuite le périmètre : quels clients, quels produits, quelle durée. Elle traite la rémunération et son versement, y compris les reprises. Elle attribue le devoir de conseil et exige l’attestation de responsabilité civile professionnelle correspondante. Elle organise la gestion après souscription. Elle prévoit la rupture et le sort des contrats. Elle encadre les données personnelles. Elle se termine sur les mécanismes de contrôle et les sanctions.

Un dernier conseil de méthode : faites relire la convention par un avocat qui pratique la distribution d’assurance, pas par un généraliste. Les clauses qui posent problème dans ce métier ne sont pas celles qui posent problème ailleurs, et le coût de cette relecture est sans commune mesure avec celui d’un litige sur la propriété d’une clientèle.

Questions fréquentes

Mis à jour le 02 août 2026.

Il l’est, mais il constitue le point de départ juridique : en l’absence de convention, la commission se partage par moitié entre co courtiers identifiés. Celui qui veut un autre taux doit donc le justifier, ce qui simplifie beaucoup la discussion.

Notions liées

Guides associés

Chiffrez vos revenus dormants

La structure de votre portefeuille suffit pour compter les contrats qu’il contient déjà et les traduire en commissions récurrentes, campagne par campagne.