Le texte qui commande tout
La question de l’immatriculation ne se règle pas par le titre que l’on se donne. Se présenter comme apporteur d’affaires ne dispense de rien : ce qui compte est la nature exacte de ce que l’on fait.
Le point de départ est l’article L. 511-1 du code des assurances, qui définit l’activité de distribution d’assurances. La méthode d’analyse est donc toujours la même : décrire précisément les actes accomplis, puis vérifier s’ils entrent dans cette définition. Si oui, l’immatriculation au registre tenu par l’ORIAS est obligatoire, avec ce qu’elle emporte de capacité professionnelle, de responsabilité civile professionnelle et d’adhésion à une association professionnelle agréée.
La sanction du défaut d’immatriculation est directe et sévère du côté de la rémunération. Une entreprise d’assurance agréée n’est pas tenue de payer un intermédiaire non immatriculé au titre de ses activités d’intermédiation. Autrement dit, un acteur qui franchit la frontière sans être immatriculé ne risque pas seulement une sanction : il risque de ne jamais être payé.
Se présenter comme apporteur d’affaires ne dispense de rien. Ce qui compte est la nature exacte des actes accomplis.
La mise en relation, seule zone réellement sûre
Un intermédiaire d’assurance peut rétrocéder une commission d’apport à un indicateur d’affaires si et seulement si le rôle de ce dernier s’est borné à mettre en relation l’assuré avec l’assureur ou avec un intermédiaire.
La formulation est restrictive et il faut la lire comme telle. Se borner à mettre en relation signifie transmettre un contact ou orienter vers un interlocuteur, sans prendre part au processus qui conduit au contrat. Dès que l’on ajoute une appréciation, une comparaison ou une aide à la décision, on quitte cette zone.
Une autre situation d’exclusion est identifiée par la doctrine de contrôle : un professionnel qui, à l’occasion de son activité principale, fournit des informations ou des conseils sans prendre d’autres mesures pour aider à conclure ou à exécuter un contrat d’assurance ne relève pas de l’activité de distribution. La condition tient dans la seconde partie de la phrase : aucune autre mesure.
Les actes qui font basculer dans la distribution
Il est plus utile de raisonner sur des actes concrets que sur des principes. Voici ceux qui, dans un parcours de plateforme, font sortir de la simple mise en relation.
- Comparer plusieurs contrats, ou présenter un classement, une sélection ou une recommandation, même exprimée comme une simple préférence.
- Répondre à une question d’un membre sur l’étendue d’une garantie, une exclusion, une franchise ou un délai de carence.
- Collecter les éléments du questionnaire d’assurance, ou pré remplir une demande de souscription avec les données détenues sur le membre.
- Présenter un tarif personnalisé, même issu d’un moteur fourni par le partenaire.
- Intervenir dans la gestion du contrat après sa conclusion, y compris pour relayer une déclaration de sinistre.
Si la plateforme veut aller plus loin : les statuts disponibles
Une plateforme qui souhaite jouer un rôle plus actif n’est pas bloquée, elle change simplement de catégorie et accepte les obligations correspondantes.
Le statut de mandataire d’intermédiaire d’assurance permet d’agir sous le mandat et la responsabilité d’un intermédiaire déjà immatriculé. Il impose une inscription au registre, une capacité professionnelle et une couverture adaptée, mais il est plus léger à porter que le statut de courtier de plein exercice.
Le statut de courtier suppose l’immatriculation complète, la capacité professionnelle, la responsabilité civile professionnelle, l’adhésion à une association professionnelle agréée et, si des fonds de clients sont encaissés, une garantie financière. C’est un vrai métier, avec ses obligations permanentes de formation et de conformité.
Le choix relève d’un arbitrage économique autant que juridique. Porter un statut coûte du temps, de la conformité et de la responsabilité, en échange d’une part plus importante de la valeur. Pour une plateforme dont l’assurance n’est pas le métier, rester en apport et partager la commission est presque toujours le meilleur rapport entre revenu et charge.
Ce que la convention doit cadrer par écrit
La frontière ne se protège pas par une intention mais par un document, et surtout par des interfaces conformes à ce document. Voici ce qui doit y figurer.
- Le périmètre exact du discours autorisé, avec les formulations admises et celles qui sont proscrites, annexées sous forme de modèles.
- Les mentions obligatoires accompagnant la présentation de l’offre, notamment l’identité et l’immatriculation du partenaire qui distribue.
- La qualification de la rémunération de la plateforme comme commission d’apport, distincte de la rémunération d’intermédiation.
- Le circuit de traitement des questions techniques posées par un membre à la plateforme, avec un renvoi systématique au partenaire.
- Le traitement des réclamations, y compris lorsqu’elles arrivent d’abord chez la plateforme.
- La protection des données : finalité unique, transmission limitée aux membres ayant manifesté un intérêt, durée de conservation, interdiction de tout autre usage, sous traitance encadrée.
- La formation des équipes support de la plateforme, qui sont le point où la frontière se franchit le plus facilement et le plus involontairement.
Le risque réel n’est pas dans la convention, il est dans le support
Une convention bien rédigée ne suffit pas, parce que ce n’est presque jamais la direction qui franchit la frontière. C’est un agent du support client qui, de bonne foi, répond à un membre qui lui demande si la garantie couvre son cas.
Cette réponse est un conseil en assurance. Elle est donnée par une personne non immatriculée, sans recueil des exigences et besoins, sans formalisation, et elle engage la plateforme bien plus sûrement que n’importe quelle clause.
La parade est opérationnelle et non juridique. Une réponse type unique, dont les équipes ne sortent jamais, qui renvoie la question au partenaire. Une macro dans l’outil de support. Une formation courte mais faite. Et un contrôle périodique des conversations réelles, parce que c’est le seul moyen de savoir ce qui se dit vraiment.
Ce n’est presque jamais la direction qui franchit la frontière. C’est un agent du support qui répond de bonne foi à une question sur une garantie.
Vérifier son partenaire, ce qui prend cinq minutes
Avant de signer quoi que ce soit, la plateforme doit vérifier son partenaire, et ces vérifications sont publiques ou faciles à obtenir.
L’immatriculation se contrôle directement sur le registre tenu par l’ORIAS, qui indique les catégories d’activité couvertes. Vérifiez que la catégorie correspond bien aux produits envisagés : une immatriculation en assurance ne couvre pas les opérations de banque, et inversement.
Demandez ensuite l’attestation de responsabilité civile professionnelle en cours de validité, et vérifiez qu’elle couvre l’activité telle qu’elle sera exercée dans le cadre du partenariat. Demandez enfin l’adhésion à une association professionnelle agréée, obligatoire pour les courtiers, et, si des fonds de clients sont encaissés, la garantie financière. Un partenaire sérieux fournit ces trois pièces sans discussion et sans délai.
Cinq cas concrets, qualifiés un par un
La théorie se comprend mieux appliquée. Voici cinq situations réelles de plateforme, et l’analyse qu’elles appellent. Elles illustrent la méthode ; elles ne remplacent pas l’examen de votre propre parcours par un conseil.
- Une page du site indique qu’un partenaire immatriculé propose une responsabilité civile professionnelle aux membres, avec un lien vers ce partenaire. La plateforme ne décrit aucune garantie et n’affiche aucun tarif. On reste dans la mise en relation.
- La même page ajoute un tableau comparant deux formules et signale laquelle convient aux artisans du bâtiment. C’est une présentation et une recommandation : on est entré dans la distribution d’assurance.
- Un email est envoyé aux membres ayant enregistré leur premier chantier, les informant qu’une offre existe et les invitant à être rappelés s’ils le souhaitent. Le ciblage ne change pas la qualification tant que le contenu se borne à signaler l’existence de l’offre et à recueillir une demande de contact.
- Le support de la plateforme répond à un membre que la garantie couvre bien les dommages causés à un tiers sur un chantier. C’est un conseil en assurance, donné par une personne non immatriculée. La frontière est franchie, et c’est le cas le plus fréquent en pratique.
- La plateforme pré remplit une demande de souscription avec les données qu’elle détient sur le membre, puis la transmet au partenaire. Elle prend une mesure destinée à aider à conclure le contrat, ce qui la fait sortir de la simple mise en relation.
La liste de vérification avant lancement
Avant d’exposer la première offre, cette liste doit être intégralement cochée. Chaque point correspond à un risque réel constaté sur des montages existants.
- L’immatriculation du partenaire est vérifiée sur le registre public et ses catégories couvrent les produits envisagés.
- L’attestation de responsabilité civile professionnelle du partenaire est en cours de validité et couvre l’activité telle qu’exercée dans le partenariat.
- La convention qualifie expressément la rémunération de la plateforme comme une commission d’apport, distincte de la rémunération d’intermédiation.
- Le périmètre du discours autorisé est annexé sous forme de formulations validées, et les interfaces ont été relues à l’aune de ce périmètre.
- Les mentions identifiant le partenaire immatriculé figurent à l’entrée du parcours assurance et non en pied de page.
- Les équipes support disposent d’une réponse type unique, inscrite dans l’outil, et ont été formées à ne pas en sortir.
- Le traitement des données est cadré : finalité unique, transmission limitée aux membres demandeurs, durée de conservation, sous traitance encadrée, effacement en fin de relation.
- Le circuit de traitement des réclamations est défini, y compris pour celles qui arrivent d’abord chez la plateforme.
- Un contrôle périodique des conversations réelles du support est planifié, avec un responsable identifié.
Le cas particulier du démarchage sortant
Un point de vigilance supplémentaire concerne les appels sortants vers les membres, et il a changé de régime récemment.
L’article 13 de la loi n° 2025-594 du 30 juin 2025 réécrit l’article L. 223-1 du code de la consommation et instaure, à compter du 11 août 2026, un régime de consentement préalable pour le démarchage téléphonique des consommateurs. Le consentement doit être libre, spécifique, éclairé, univoque et révocable, la preuve en incombe au professionnel et doit être conservée, et l’amende administrative atteint 375 000 € pour une personne morale.
La conséquence pratique pour un partenariat de plateforme est directe : le partenaire ne peut appeler que les membres qui ont expressément demandé à l’être, et cette demande doit être horodatée et conservée. Une case cochée dans un parcours de souscription volontaire constitue une base solide ; un fichier transmis en bloc n’en constitue pas une.
Deux nuances utiles. La qualité de consommateur détermine l’application du régime, et une partie des membres professionnels peut relever d’une analyse différente selon la nature du contrat visé : faites qualifier ce point plutôt que de le présumer. Et l’exception relative à l’exécution d’un contrat en cours ne couvre pas la présentation d’un produit nouveau à un membre qui n’a rien souscrit.
Une case cochée dans un parcours volontaire constitue une base de consentement. Un fichier transmis en bloc n’en constitue pas une.